Conseil commun de la Fonction publique du 7 mai 2026 : déclaration de la CGT Fonction publique
Texte publié le 7 mai 2026.
Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs,
La CGT Fonction publique siège aujourd’hui dans cette instance avec un sentiment de défiance en raison d’un dialogue social vidé méthodiquement de toute substance.
Ce CCFP se tient presqu’un mois après que les huit organisations syndicales représentatives de la Fonction publique ont quitté la salle du premier groupe de travail sur les rémunérations. Ce n’est pas un fait anodin. Ce n’est pas non plus un accident de séance. C’est le constat unanime que ce que vous appelez « cycle de discussions » n’est pas, et n’a pas été, l’amorce d’une véritable négociation salariale.
Avant d’en venir aux questions précises que nous vous posons aujourd’hui, nous voulons rappeler trois faits.
Il n’y a plus, à ce jour, de ministre chargé de la Fonction publique, depuis le 22 février 2026, près de six millions d’agents publics, fonctionnaires et contractuels, des trois versants, n’ont plus en face d’eux, au sein du Gouvernement, qu’un ministre de l’Action et des Comptes publics. C’est-à-dire un ministre dont la mission première est la trajectoire budgétaire.
Vous arbitrerez, demain, le PLF 2027. Et entre les deux, vous nous demandez de croire que la Fonction publique sera traitée pour ce qu’elle est : un projet de service public au service de la population, et non une ligne budgétaire à comprimer.
La CGT vous le dit clairement : on ne pilote pas une politique salariale pour 5,8 millions d’agents avec pour seul outil la maîtrise de la dépense car nous considérons que laFonction publique n’est pas une variable d’ajustement.
Le contexte économique a basculé, et vous le savez, en janvier, l’inflation était à +0,3 % sur un an. En février, +0,9 %. En mars, +1,7 %. En avril, +2,2 % en estimation provisoire publiée par l’INSEE le 30 avril dernier. En quatre mois, l’inflation a été multipliée par 7.
Cette accélération est dû à la guerre au Moyen-Orient, le baril de Brent dépasse 100 dollars.
Toutes les institutions de référence, OFCE, Banque de France, BCE, révisent leurs scénarios à la hausse. Aucune ne prévoit plus un retour rapide à l’inflation très basse de janvier. Le bas de fourchette pour la France est désormais à 1,7 % – 1,8 %. Le haut de fourchette dépasse 3 %.
Cela signifie que votre scénario implicite sur lequel reposait la politique de gel du point d’indice, celui d’un environnement désinflationniste où l’inaction salariale ne creuse pas davantage le décrochage, n’est plus tenable.
Le bas de grille craque déjà sous la pression, et au 1er janvier 2026, vous avez été contraints d’activer une indemnité différentielle pour 356 000 agents publics dont le traitement indiciaire est passé sous le SMIC.
Si l’inflation de mai dépasse 2,1 %, ce qu’anticipe l’INSEE, le SMIC sera revalorisé automatiquement d’environ 2 % au 1er juillet. Sans relèvement du point d’indice à la même date, des dizaines de milliers d’agents supplémentaires basculeront sous le SMIC. Et l’indemnité différentielle, prévue pour traiter une exception, deviendra le mécanisme de droit commun dans la Fonction publique.
C’est un dévoiement structurel du statut général. La grille indiciaire cesse d’être la traduction d’une qualification reconnue et d’une carrière, pour devenir un plafond que la prime au SMIC vient corriger en bas. C’est la déconstruction silencieuse de l’architecture statutairece qui est pour nous inacceptable. Nous ne sommes pas venus aujourd’hui réentendre que les marges budgétaires sont nulles, que 2026 sera une « année blanche », et que la conversation sérieuse aura lieu en 2027, c’est-à-dire après l’élection présidentielle.
Cette ligne, vous l’avez tenue le 13 avril. Les organisations syndicales, unanimes, y ont répondu en quittant la salle. Elle n’est pas plus tenable aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a un mois. Elle l’est même beaucoup moins, parce qu’entre-temps l’inflation a continué de progresser et l’énergie a continué de flamber.
Nous vous posons donc, en séance, 4 questions précises auxquelles nous attendons des réponses.
Le Gouvernement entend-il répondre, oui ou non, au courrier intersyndical du 16 janvier 2026, signé par les huit organisations représentatives, et qui demande une revalorisation du point, une refonte des grilles, le retour à 100 % de la rémunération en congé de maladie ordinaire, et la suppression du jour de carence ?
Le Gouvernement est-il prêt à inscrire dans un projet de loi de finances rectificative pour 2026 une mesure d’urgence sur le point d’indice, ou renvoyez-vous explicitement les agents publics aux arbitrages de la prochaine législature ?
Quelles dispositions concrètes prenez-vous pour empêcher qu’au 1er juillet, la revalorisation mécanique du SMIC ne fasse basculer des dizaines de milliers d’agents supplémentaires sous le seuil du salaire minimum ? La réponse ne peut pas être : « nous étendrons l’indemnité différentielle ». Ce n’est pas une politique salariale.
Compte tenu du choc énergétique et de la montée des prix des carburants, le Gouvernement est-il prêt à ouvrir, sans attendre, une négociation interministérielle sur les frais professionnels : indemnités kilométriques, indemnités de mission, forfait mobilités durables, dont les barèmes sont aujourd’hui complètement décrochés du coût réel supporté par les agents ?
Nous attendons une revalorisation immédiate et significative du point d’indice. Nous attendons son indexation sur l’inflation constatée.
Nous attendons le rétablissement de la GIPA, la suppression du jour de carence, le retour à 100 % de la rémunération en congé de maladie ordinaire.
Nous attendons une refonte des grilles dans les trois versants, qui sorte enfin la catégorie C de la zone du SMIC, qui redonne à la catégorie B une perspective réelle, et qui reconnaisse les filières à prédominance féminine, dans le médico-social, le social, l’animation et le soin.
Nous refusons que la Fonction publique serve, une fois encore, de variable d’ajustement budgétaire. Nous refusons que le « contexte exceptionnel » soit la rhétorique d’évitement permanente d’un Gouvernement qui n’a pas, à ce jour, de politique salariale pour les agents publics. Nous refusons que des groupes de travail destinés à produire des « scénarios pour 2027 » tiennent lieu de réponse à la crise salariale de 2026.
La CGT siège dans cette instance pour défendre les agents publics, pas pour cautionner une trajectoire d’austérité. Si ce CCFP doit s’inscrire dans la même logique que le 13 avril, l’évitement, le report, l’absence de mandat, vous trouverez devant vous la même réponse syndicale : la rupture du dialogue et la mobilisation.
>> Déclaration liminaire de la CGT Fonction publique en téléchargement
Le compte-rendu sera diffusé ultérieurement.