Il ne fait pas bon être fonctionnaire ! (Communiqué CGT Douanes)
Texte publié le 11 mars 2026.
De la maltraitance...
Dire que les fonctionnaires sont bien souvent stigmatisés est en dessous de la vérité. On pourrait parler plutôt de maltraitance et celle-ci prend de nombreuses formes et s’exprime au travers de nombreux acteurs.
La presse, ou plutôt une certaine presse d’idéologie libérale, n’a de cesse de présenter la fonction publique et ses agents comme un coût exorbitant, comme une masse peu productive qui paralyse le pays, et qui empêche l’esprit d’entreprise. Cette presse, qui choisit la démagogie, oublie bien vite que ces mêmes fonctionnaires ont fait partie de la première ligne pendant l’épidémie du COVID. Elle oublie également sciemment que face à l’explosion du narco-trafic, du e-commerce, de la violence dans notre société et de toutes ces dérives, le besoin de régulation et de contrôle est plus que jamais nécessaire.
Qui d’autres que des fonctionnaires pour mettre en œuvre des pouvoirs régaliens ?
La maltraitance vient aussi souvent des politiques qui nous gouvernent et qui s’évertuent à rendre le métier de fonctionnaire de moins en moins attractif en terme de rémunération, de perspectives de carrière, de conditions de travail. Ces mêmes politiques, très loin d’être exemplaires (une vingtaine de ministres depuis 2017 ont eu à faire à la justice et certains ont été condamnés), sont particulièrement exigeants vis à vis des fonctionnaires en matière de déontologie et d’exemplarité. Il est manifestement plus facile de désigner à la vindicte populaire des fonctionnaires que de faire face à ses propres turpitudes. Si des cas de corruption existent bel et bien au sein de notre ministère, les fonctionnaires sont plus exemplaires que problématiques.
La maltraitance vient parfois même des administrations. Le non respect ou l’interprétation abusive de règles et d’accords (notamment sur le télétravail). Le peu de cas que ces administrations font des agressions, qu’elles soient verbales ou physiques. Les menaces que subissent certains fonctionnaires, les intimidations, sont très révélatrices d’un vrai manque de considération. Parfois ces mêmes administrations s’avèrent incapables de protéger les données personnelles de leurs propres fonctionnaires (cf récent courrier au DG), incapables également de mettre à disposition des agents des logiciels ergonomiques et surtout fonctionnels (arrivée catastrophique de Delta E et Delta I qui a plongé les douaniers dans un désarroi profond).
La maltraitance administrative peut donc avoir de multiples visages.
Celui de la négligence, celui de l’incompétence, celui de pratiques managériales parfois d’un autre siècle, celui de l’abandon, celui de la fermeture d’un bureau ou d’une brigade, celui du sous-effectif, celui de l’arrogance et parfois même celui de la bêtise. La réforme permanente sévit depuis des dizaines d’années et plonge les fonctionnaires dans une instabilité réglementaire chronique, dans une course effrénée à l’adaptation avec des moyens toujours revus à la baisse.
Maltraitance d’une certaine partie de la population qui, abreuvée de discours anti-fonctionnaire refuse dorénavant le principe même du contrôle. Les refus de s’y soumettre ont explosé ces dernières années pour les douaniers, les policiers, les gendarmes.
Difficile donc d’être fonctionnaire aujourd’hui.
Si beaucoup ont intégré la fonction publique avec beaucoup de fierté, une volonté de servir l’intérêt général, d’être utile au bon fonctionnement de l’état, ils sont de plus en plus nombreux à avoir perdu bon nombre de leurs illusions et ne manifestent plus l’attachement à leur administration qui pouvait exister auparavant. Comment les blâmer ?
Retrouver de la fierté ne passera que par la reconnaissance et nécessitera la mobilisation des agents, comme en 2019 et 2022.
Montreuil, le 9 mars 2026.