Un État efficace ne se réduit pas à l’élimination de supposés doublons (Communiqué SNSC-FSU, CGT, SUD)

Texte publié le 27 juillet 2026.

Le gouvernement revendique la construction d’un « État efficace ». Parmi les mesures annoncées figure la « rationalisation » des opérateurs publics, au nom d’une simplification de l’action publique. Derrière ce vocabulaire se cache pourtant une logique bien plus brutale : faire disparaître ou fusionner des établissements jugés redondants. Cette logique atteint aujourd’hui la recherche publique et menace directement l’Institut de recherche pour le développement (IRD) que l’État veut dissoudre dans le CNRS.
Mais, qu’appelle-t-on un doublon ? Qu’est-ce qu’une économie en recherche ?
Deux organismes qui font de la recherche sont-ils nécessairement interchangeables ? Peut-on réduire quatre- vingts années de partenariats, d’expertise, de présence internationale et de confiance patiemment construite, à une simple ligne dans un organigramme ? À ces questions, le gouvernement n’apporte aucune réponse. Le calendrier lui-même interroge : alors que les décisions se préparent au cœur de l’été, le débat démocratique n’existe pas. Une telle réforme ne peut se faire par une procédure accélérée.

Derrière la rationalisation, une vision appauvrie de l’État
L’efficacité d’un État ne se mesure pas au nombre d’établissements qu’il fait disparaître. Elle se mesure à sa capacité à préserver ce qui constitue ses forces stratégiques.
La recherche publique n’est pas une dépense comme une autre. Le maintien de l’IRD ne grève pas le budget de l’État, il est au contraire un levier pour mobiliser des financements extérieurs et un investissement sur le futur. Il aide à anticiper les conséquences des changements en cours et donc à faire des économies, à moyen et long terme, pour l’adaptation aux changements et la prévention des risques à l’échelle locale, régionale et globale. L’IRD, en effet, produit des connaissances, éclaire les décisions publiques, forme les générations futures et construit des relations internationales face aux bouleversements en cours au plus près des populations des Suds et de l’Outremer. Les recherches de l’IRD sont essentielles pour anticiper et réduire le coût de la lutte contre les dérèglements environnementaux auxquels font face les populations : celles de la France, de ses outremers et des Suds.
À l’inverse, certains dispositifs fiscaux, comme le crédit d’impôt recherche, dont le coût se chiffre à plusieurs milliards d’euros chaque année, continuent d’être reconduits malgré les réserves importantes exprimées par la Cour des comptes quant à leur efficacité réelle d’un point de vue économique et de soutien à la R&D. Les caisses de l’État, nous dit-on, sont vides. Mais un État efficace ne serait-il pas plutôt un État capable d’aller chercher en premier lieu les dizaines de milliards de l’évasion fiscale ? Cela implique des forces vives et donc des fonctionnaires plutôt que la casse systématique de la fonction publique. Pourtant, c’est bien un établissement public reconnu internationalement qui est aujourd’hui présenté comme un doublon et donc une source possible d’économie budgétaire !

L’IRD n’est pas un doublon. Il est unique.
L’IRD se distingue par sa manière de faire de la science. Depuis près de quatre-vingts ans, l’Institut a profondément évolué. Il a rompu avec l’héritage d’une histoire marquée par le contexte colonial, pour devenir un établissement reconnu comme un modèle fondé sur des valeurs de partenariat, de réciprocité, de co-construction des connaissances et de respect des communautés scientifiques du Sud. Cette transformation est une réussite même si elle encore perfectible. Aujourd’hui, aucun autre établissement français ou européen ne possède une telle présence de long terme dans les pays du Sud et dans les Outremers, une telle capacité à construire des coopérations fondées sur la confiance, ni une telle expérience de la formation par la recherche de communautés scientifiques appelées à développer durablement leurs propres institutions sans contribuer à une fuite des cerveaux vers le nord. Cette confiance ne s’achète pas, elle ne se fusionne pas, elle ne se décrète pas : elle se construit sur le long terme.

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