Comment devient-on secrétaire général de l’Élysée sous Emmanuel Macron ? (Billet publié sur Mediapart)

Texte publié le 4 mai 2026.

Qu’a-t-il que d’autres n’ont pas ? Qu’a-t-il acquis qui le rend précieux ? Adaptation d’un extrait de l’ouvrage « La Valeur du service public » (La Découverte, 2021), suite à la nomination de Pierre-André Imbert au poste de secrétaire général de l’Élysée, en remplacement d’Emmanuel Moulin, le 30 avril 2026. Par Julie Gervais, Claire Lemercier, Willy Pelletier.

Six minutes du jeu vidéo War of Lords

« T’es à quel étage, addict quel étage ? » William S. Burroughs, Junky (1953)

Qu’a-t-il que d’autres n’ont pas ? Qu’a-t-il acquis qui le rend précieux ? Quels furent ses emmerdements, comment s’est-il démerdé pour que, de connexions en connexions, la valeur de sa position, et lui-même l’occupant, soient tant reconnus ? Le désormais secrétaire général de la présidence de la République, Pierre-André Imbert, est chéri : à l’Élysée, depuis 2017, il a continûment gagné en puissance. D’abord conseiller social d’E. Macron, il devient secrétaire général adjoint en octobre 2020, avant d’être aujourd’hui nommé au plus haut poste de l’Elysée après le président. Parti de peu et venu de loin, Imbert a « une faim d’ogre » ; obsédé, façon addiction, par l’accumulation des good deals, des « mains gagnantes », pour ses associés, ses alliés, mais aussi à ses fins. Imbert est un « dévorant » à la Balzac : un affamé qui efface ceux qui, objectivement en dehors de son monde, sont hors de son champ de vision ; et ceux qui, dans son monde, le bloquent. Il y a de la frénésie féroce et de la férocité frénétique englouties dans sa fièvre de « bouffer le monde ».

Pourquoi s’arrêter sur son « cas » ? Parce qu’Imbert est une exception : un cas-type en même temps qu’un cas rare. Comme cas-type, Imbert vaut le détour. Façon loupe, son histoire révèle quelques-uns des mécanismes clés par lesquels arrivent les plus « arrivés », aux sommets de la noblesse managériale publique-privée [cette notion est plus précisément définie dans notre ouvrage La Haine des fonctionnaires, Paris, Amsterdam, p. 195-205]. L’histoire d’Imbert est celle d’une lente transformation, au gré des univers de relations où il prend place et qui le révolutionnent. Avec « effets de cliquet » : de cooptation en cooptation, après une séquence de mutation, il ne redeviendra pas ce qu’il fut auparavant.

Mais Imbert est aussi un cas rare : l’un de ces outsiders qui parfois parviennent à gravir des étages pour finalement s’insérer dans la noblesse managériale publique-privée – jusqu’à la dominer. Grâce à d’heureuses connexions, d’adroits positionnements et la disqualification des rivaux. Son cas signale aussi, s’il en est encore besoin, combien ce groupe est varié dans sa composition.

Lire la suite en cliquant ICI