Salaires, qualification, retraite : les professions intermédiaires et techniciennes posent leurs exigences (UGICT-CGT)

Texte publié le 17 juillet 2026.

Ces professions, qui représentent un quart du corps salarial en France, souffrent d’un manque global de reconnaissance, dans le privé et encore plus dans le public. C’est ce que montre la 11e édition du baromètre UGICT-CGT/Secafi réalisé par l’institut Viavoice.

« Le malaise est profond chez les professions techniciennes et intermédiaires », affirme Cyril Dallois, secrétaire national de l’Ugict-CGT, pour résumer en quelques mots l’une des principales conclusions du sondage mené en mai par Viavoice auprès de 1 000 salarié·es du secteur public relevant de cette catégorie. Plusieurs indicateurs de ce baromètre Ugict/Sécafi décrivent un fort sentiment de manque de reconnaissance, en particulier en matière d’évolution salariale. Le salaire figure d’ailleurs désormais au deuxième rang des priorités de cette catégorie, juste après l’équilibre vie pro-vie perso et loin devant les autres sujets. « Le décrochage total de leur salaire est acté », explique le syndicaliste en référence à la baisse du salaire net mensuel en euros constants sur la période 2020-2024 constatée par l’Insee. Depuis, la situation s’est encore dégradée avec le déclenchement de nouveaux conflits mondiaux. 77 % des interrogés estiment qu’ils sont directement touchés par la hausse du prix des carburants et la baisse de leur pouvoir d’achat et.

Le facteur conjoncturel ne saurait toutefois occulter la responsabilité patronale. « Seuls 48 % des sondés, soit 8 points de moins qu’en 2025, estiment que la reconnaissance professionnelle se matérialise par l’évolution de leur salaire », indique Cyril Dallois. En détail, une majorité déplorent un salaire qui ne correspond pas à leurs responsabilités (52 %), à leur charge de travail (58 %) ou encore à leur implication (60 %). C’est à chaque fois 4 points de plus qu’en 2025, alors même que depuis cinq ans, on notait une amélioration continue dans ce domaine.

Management et charge de travail pointés du doigt

Ces résultats sont renforcés par une insatisfaction générale et croissante à l’égard des pratiques managériales. Seuls 10 % des interrogé·es (contre 15 % en 2025) notent une amélioration dans ce domaine tandis que 44 % (contre 42 % en 2025) constatent une dégradation. En 2026 encore plus qu’en 2025, les modalités d’évaluation individuelle sont pointées du doigt pour leur manque de transparence et leur inadéquation pour faire reconnaître le travail accompli, avec des critères de mesure jugés mauvais. Mais l’évolution la plus marquante de ce dernier baromètre porte sur la reconnaissance sonnante et trébuchante du niveau d’étude. En 2024, 40 % jugeaient que leur salaire n’était pas à la hauteur de leurs qualifications. Deux ans plus tard, il sont 52 %. Dans le même ordre d’idées, une majorité considèrent que les grilles de classification et de rémunération ne rendent pas justice à leur technicité et à leur activité professionnelle réelle.

Malheureusement, ce n’est pas du côté du temps de travail que professions techniciennes et intermédiaires trouveront une compensation. Un peu plus d’un tiers des interrogé·es déclarent travailler entre 40 et 44 heures par semaine, soit 2 points de plus qu’en 2025. La part de ceux qui sont sur le pont de 45 à 48 heures par semaine stagne à 8 %, tandis que 3 % déclarent bosser 49 heures et plus (- 1 point par rapport à 2025). Enfin, parmi les 47 % déclarant des heures supplémentaire, un quart déplorent qu’elles ne soient ni payées ni récupérées. « La tendance à l’augmentation du temps de travail devient structurelle », conclut Cyril Dallois, bien loin du passage aux 32 heures de travail hebdomadaires revendiqué par la CGT.

Alerte rouge dans la fonction publique

Le baromètre pose une lumière crue sur la situation des travailleuses et travailleurs des services publics. Ici on ne parle pas de « Wall Street management » pour évoquer le régime auquel sont soumis les salarié·es du privé, mais du ravageur « new public management », « le versant public des stratégies managériales court-termistes », explique Agathe Le Berder, secrétaire générale adjointe de l’Ugict-CGT. Et de rappeler la situation dramatique des agents des finances publiques après que Cyril Dallois, cheminot, a évoqué la vague de suicides chez les agentes et agents de la SNCF ces derniers mois.

« Plus de la moitié des professionnels intermédiaires et techniciens issus du public estiment que les pratiques managériales se sont encore dégradées, pointe Agathe Le Berder ; 46 % estiment ne pas avoir les moyens de fournir un travail de qualité, soit 10 points de plus que l’ensemble des interrogé·es. » Plus de la moitié déclare travailler plus de 40 heures par semaine ; 54 % (10 points de plus que la moyenne du panel) dénoncent un salaire incohérent avec leur temps de travail réel ; 71 % estiment que le système d’évaluation individuelle existant dans leur administration ne permet pas une juste reconnaissance de leur travail (11 points de plus que la moyenne). Agathe Le Berder alerte : « Avec la hausse du Smic au 1er juin, 350 000 fonctionnaires se retrouvent sous le Smic, dont une partie sont en catégories B. » Secrétaire administratif, rédacteur territorial, animateur, assistant socio-éducatif, etc., pour leur part, se font rattraper par le salaire minimum, faute d’une réévaluation des grilles et du point d’indice en rapport avec l’inflation.

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