Groupe de travail Égalité professionnelle du 19 janvier 2026 « Articulation vie professionnelle/vie personnelle et familiale » : déclaration CGT Fonction publique
Texte publié le 21 janvier 2026.
1/ Une grande majorité de femmes en temps partiels et non-complets
Les femmes, qui assurent le plus souvent un double travail professionnel et domestique, sont souvent contraintes à opter pour le temps partiel, qui est « théoriquement » choisi. Dans tous les cas, le temps partiel fractionné et conjugué aux tâches domestiques et familiales est un frein à la formation et à l’évolution dans la carrière.
Si les temps partiels sont « choisis », les temps non-complets sont imposés par la nature du contrat d’embauche. Ils sont imposés du fait de la moindre reconnaissance de leur travail ou de leurs qualifications, avec souvent des horaires fractionnés, de grandes amplitudes de travail, et des salaires insuffisants pour faire face aux charges de la vie quotidienne.
En raison des rémunérations inégales et moindre des femmes, conjugués à des pressions sociales lié à l’éducation des enfants et/ou du rôle aidant envers les proches, les femmes prennent majoritairement des temps partiels.
En 2024, dans la fonction publique, 19 % des agents travaillent à temps partiel (25 % des femmes contre 9 % des hommes). (SOURCE chiffre clé Fonction publique 2025)
Plus d’un agent public sur six travaille à temps partiel
En 2023, la proportion d’agents publics à temps partiel, non complet ou incomplet est de 17,4 % contre 17,6 % en 2022 (méthodes). Par versant, 14,2 % des agents de la FPE travaillent à temps partiel, non complet ou incomplet, 21,0 % des agents de la FPT et 18,1 % de ceux de la FPH.
Fin 2023, sur l’ensemble de la fonction publique, 84,8 % des agents à temps partiel sont des femmes. Cette part augmente dans la FPE entre 2022 et 2023 (+0,5 point), et diminue dans les deux autres versants (-0,2 point). (SOURCE INSEE 2023)
Améliorer l’articulation entre vie pro et vie privée ne peut donc se faire sans se pencher sur les inégalités salariales, sur les conditions de choix et d’exercice des temps partiels ou non-complets ainsi que sur les possibilités de retour au temps plein et d’accès au temps complet.
Nous revendiquons :
- Une baisse du temps de travail généralisée à 32h, sans perte de salaire,rattrapage des pertes de la valeur du point d’indice, augmentation conséquente, indexation sur l’inflation, refonte des grilles, et revalorisation des filières à prédominance féminine. Ce préalable permettrait le partage du travail et du temps libre dans la vie des agent.es, permettrait de diminuer les temps partiels qui basculerait à des temps pleins selon l’organisation du travail choisi par le collectif de travail
- La transformation de nombreux emplois à temps non-complet (non-choisis) dont les missions sont pérennes en postes de titulaires, avec un allongement de leur temps de travail (au-delà de 28 h) et un droit au temps plein.
- L’harmonisation des droits des agent.e.s à temps non-complets de moins de 28 h sur ceux des agent.e.s de plus de 28 h (en termes de congés et retraites) et leur ouvrir la possibilité d’allonger leur temps de travail.
- Obtention de temps de formation inclus dans le temps de travail partiel pour décoller du plancher professionnel.
- L’Adaptation de la charge de travail des agent.e.s à temps partiels à leur temps de travail.
- Les mêmes droits en termes d’avancement, formation, primes, période de congés annuels… pour les temps partiels/non-complets et les temps pleins.
- Le paiement des heures complémentaires comme les heures supplémentaires.
- Que les réunions aient lieu en présence des agent.e.s à temps partiel.
2/ Améliorer l’articulation des temps
L’efficacité et la responsabilité professionnelle sont souvent associées à une exigence de disponibilité permanente et de présentéisme. Notons qu’en Suède, à l’inverse, travailler tard est signe de mauvaise organisation, y compris pour les hommes !
Le service ou l’établissement doit faciliter la vie des agent.e.s et prendre en compte l’enjeu de la parentalité. Ne pas considérer que toute agente n’est qu’une mère (donc régulièrement absente), ne pas discriminer les femmes parce qu’elles sont mères et permettre aux hommes d’assumer leurs responsabilités de pères, sans les considérer comme déloyaux à l’égard de leur service ou « fainéants ».
Nous revendiquons :
- Le déploiement de formations et sensibilisations sur la déconstruction des stéréotypes.
- Le développement de logements sociaux pour répondre aux besoins des parents isolés à qui sera réservé un quota de logements.
- Des structures d’accueil des enfants, notamment le développement de politiques publiques de prise en charge de la petite enfance, en permettant un accueil à horaires décalés.
- Des possibilités d’aménagement du temps de travail des agent.e.s, selon leurs contraintes familiales (présence de jeunes enfants, parents âgés…).
- Des droits à congés familiaux (enfants malades, rentrée scolaire, réunions parents/profs, aidant.e.s familiaux.ales…).
- D’allonger et rendre le congé de paternité obligatoire et rémunéré en totalité.
- La compensation financière en totalité du congé de paternité ou d’accueil de l’enfant.
- Que le principe de « neutralisation » du congé maternité sur les rémunérations porte également sur les arrêts maladie afférents à la grossesse et à la maternité.
- L’accompagnement au retour de congés longs (maternité, parentaux…) : entretiens à l’issue de ces congés, temps d’adaptation au retour.
- Mettre en place des services d’aide municipaux pour les nouveaux parents en situation de monoparentalité durant les 1000 premiers jours de l’enfant (aide-ménagère à domicile, livraison de paniers repas...).
- Lutter contre les horaires atypiques et limiter le travail de nuit et le weekend. Lorsqu’il est indispensable, l’assortir de compensations financières et de repos, d’une aide financière à la prise en charge des enfants…
- Lutter contre le « culte » du présentéisme et imposer des horaires de réunion comprises entre 9 h et 18 h. Veiller à ce que les réunions de travail aient lieu pendant la présence des agent.e.s à temps partiel.
- Le droit à la déconnexion. Il doit être inscrit dans le règlement intérieur de l’établissement ou service, et se traduire par l’interdiction que l’agent.e soit destinataire d’une sollicitation professionnelle en dehors de son temps de travail, des plages de trêves de mail, la mise en place d’assistant.e d’absence pour répartir la charge de travail durant les congés de l’agent.e. Une vigilance accrue doit être portée à l’égard du télétravail afin que les femmes ne compensent pas leur temps partiel par celui-ci.
- Réduire le temps de travail (sans perte de salaire), c’est aussi permettre aux hommes comme aux femmes d’avoir du temps libéré pour leur parentalité, leurs loisirs et leurs engagements sociaux et sociétaux. C’est rapprocher le temps des femmes et celui des hommes. C’est de plus un moyen pour réduire le nombre de temps partiels et créer des emplois.