Contractuel·les : quand l’INSEE confirme les alertes de la CGT (Communiqué UFSE-CGT)

Texte publié le 16 février 2026.

L’INSEE vient de publier une nouvelle note sur l’emploi dans la fonction publique qui met en évidence une hausse continue du recours aux contractuels. Pour l’UFSE-CGT, l’INSEE ne décrit pas une fatalité statistique mais une évolution qui s’inscrit dans des choix de gestion et d’orientation de l’emploi public, avec pour effet de précariser l’emploi public et de marginaliser à terme le statut des fonctionnaires. L’UFSE-CGT dénonce cette dérive et exige un changement de cap immédiat en faveur de l’emploi titulaire, de la titularisation des contractuels et de l’égalité de droits pour tous les agents publics.

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes !
Fin 2024, 5,9 millions d’agents travaillent dans la fonction publique. L’emploi total progresse de + 0,6 % (+ 32 800) sur un an, mais la dynamique de hausse est portée par les contractuels : l’INSEE relève une progression de + 2,6 % en un an, après + 4,9 % en 2023, soit + 35 900 contractuels supplémentaires. Pendant ce temps, le nombre de fonctionnaires est quasiment stable et diminue même légèrement (-0,1 %). Dans la Fonction publique d’État, la hausse des effectifs est portée par + 3,5 % de contractuels, notamment via les AESH pour lesquel·les aucun statut de fonctionnaire n’existe.
Les contractuels représentent désormais 24 % des agents publics, soit 7,6 points de plus qu’il y a dix ans. Ils concentrent 74 % des entrées dans la fonction publique. Ces données vont dans le sens des constats publiés par d’autres observatoires (dont l’observatoire Adelyce, sur son propre champ et selon ses définitions), selon lesquels la part des fonctionnaires dans certains recrutements d’agents publics reculerait fortement. Autrement dit, l’État et les employeurs publics substituent de plus en plus des non-titulaires aux titulaires au lieu de recruter sur statut. C’est une mise en extinction des corps de fonctionnaires qui se prépare à bas bruit, par effet de substitution silencieuse.

Un système organisé de précarité
Cette montée en puissance des contractuels n’a rien d’un «  ajustement technique  » : elle s’inscrit dans une orientation renforcée par la loi de transformation de la fonction publique de 2019, qui a élargi les possibilités de recrutements de contractuels et créé de nouveaux outils comme le contrat de projet. Dans les services, cela se traduit par des écarts de salaires, l’absence de grilles indiciaires, des perspectives de carrière inexistantes, un turn-over permanent et des collectifs de travail fragilisés. Les femmes, surreprésentées parmi les contractuelles et les temps partiels (84 % des temps partiels sont occupés par des femmes), payent au passage le prix fort de cette précarisation.

Une remise en cause de l’indépendance de la fonction publique
Dans le contexte de progression de l’extrême-droite et en vue des prochaines échéances électorales, la progression de la contractualisation est particulièrement inquiétante. Le statut des fonctionnaires offre des garanties d’indépendance à l’égard du pouvoir politique et des pressions hiérarchiques dont ne bénéficient pas les contractuels. Le Statut général, même s’il doit être amélioré et renforcé, n’en demeure pas moins un garde-fou démocratique précieux.

Face à cette offensive contre le statut, l’UFSE-CGT pose des exigences claires :

  • Un plan de titularisation de l’ensemble des contractuels, sans condition de concours ni de nationalité pour les emplois ne relevant pas de la souveraineté, articulé à une politique massive d’ouverture de concours externes et internes.
  • La fin de la politique du «  tout contrat  » et le rétablissement d’emplois titulaires à la hauteur des missions, par la hausse des plafonds d’emplois et l’arrêt des dispositifs qui organisent la substitution des fonctionnaires par des non-titulaires.
  • L’égalité immédiate de droits et de rémunération entre titulaires et contractuels : à travail égal, salaire égal, accès à la formation, à l’action sociale, aux droits syndicaux.
  • À court terme, elle exige la mise en place de cadres de gestion négociés avec de vrais référentiels de rémunération garantissant un droit à la carrière des contractuels dans l’ensemble des ministères.
  • La ré-internalisation des missions externalisées, avec intégration des salarié·es concerné·es dans des corps statutaires ou en CDI de droit public ouvrant sur la titularisation.

Montreuil, 16 février 2026.

> Communiqué UFSE-CGT en téléchargement